Moya baroque

30 Mai 2015

L'Ascension, d'après Le Tintoret (2011)
L'Ascension, d'après Le Tintoret (2011)

"Au XVIe siècle, quand l’Eglise catholique lance la Contre-Réforme pour endiguer le protestantisme et reconquérir les esprits en Europe, elle met l’art au service de sa propagande et invente ainsi un nouveau style : le baroque. Or, loin d’être réactionnaire, ce style va définir une époque fondamentale dans l’histoire de l’art occidental.

A un moment où la Renaissance était achevée et s’éparpillait en raffinements maniéristes, le baroque a donné un nouveau souffle à la peinture, à la sculpture et à l’architecture dans tous les pays restés ou redevenus catholiques. Tous… sauf la France, où le Roi-Soleil imposa depuis Versailles un classicisme strict et - il faut bien le dire - parfois un peu ennuyeux.

Comparé à l’austérité protestante ou classiciste, l’art baroque se distingue par sa fougue et sa sensualité. Théâtral, triomphant, jouissif et religieux à la fois, le baroque ne recule devant rien. En peinture notamment, c’est un véritable déferlement de couleurs, de compositions audacieuses, de tourbillons d’anges et de nuages en trompe-l’œil.

Bref, si le catholicisme a réussi à se maintenir dans une bonne partie du monde face à la montée inexorable de la Raison - une Raison véhiculée d’abord par le protestantisme avant de s’émanciper avec les Lumières - c’est sans doute aussi grâce à la puissance visuelle des œuvres baroques et la virtuosité de leurs créateurs.

Quel rapport avec Moya ? Relisez ce qui précède. Sa peinture ne se distingue-t-elle pas par sa fougue et sa sensualité ? Son art n’est-il pas théâtral (les performances de live painting), triomphant (sa Civilisation Moya), jouissif (son bestiaire) et religieux (sa chapelle, ses crèches de Noël, ses messes virtuelles avec un vrai curé) à la fois ?

Lui non plus ne recule devant rien. Chez lui aussi, c’est un déferlement de couleurs, de compositions audacieuses, d’anges et de démons à sa propre image. Et que dire des nuages sinon qu’ils sont un élément fondamental de son art… et de sa pensée sur l’art à l’ère numérique !

Allons plus loin. A une époque où la Raison prétend administrer nos sociétés et nos vies, où les protestants professionnels de l’art contemporain tentent d’imposer la rigueur de leurs concepts depuis leurs bureaux parisiens, Moya apparaît en France comme un artiste inclassable, de moins en moins compris à mesure que l’on s’éloigne de sa terre niçoise - où, soit dit en passant, l’archéologue fouillant la culture locale retrouve bien vite le baroque italien.

Mais en Italie justement, et dans de nombreuses contrées étrangères jusqu’en Asie, l’univers personnel créé par cet artiste fascine les observateurs. Son caractère foisonnant et cohérent à la fois, son bestiaire à l’érotisme sublimé, son vrai-faux narcissisme, son île numérique tentaculaire, son flirt assumé avec la religion catholique - tout cela fait de Patrick Moya le premier artiste baroque français du XXIe siècle.

Et - qui sait ? - à un moment où la révolution de l’art moderne est achevée, où l’art contemporain s’éparpille en raffinements intellectuels et spéculations financières, un équivalent actuel et laïque de ce que fut le baroque pourrait inspirer un nouveau souffle à l’art occidental…"

Le texte qui précède figure p. 276-277 dans la biographie Le cas Moya. Il s'agit d'une contribution du galeriste Marco Schütz à l'ouvrage signé par Florence Canarelli (parution en juin 2015, éd. Baie des Anges).